mercredi 24 décembre 2008

Eldorado pour une autre fois



Une bonne réédition pour terminer cette année ou débuter la prochaine.
Les éditions Sillage nous régalent de cette nouvelle traduction du Trésor de la Sierra Madre de Traven. Il faut bien avouer qu'il y a matière à s'y perde dans les différentes traductions tantôt de l'allemand tantôt de l'anglais, du coup la préface nous éclaire.
Traven publie Der Schatz der Sierra Madre en 1927 à Berlin, en 1934 une traduction anglaise parait à Londres, c'est en 1935 que Traven fait publier à New York sa propre traduction en anglais. En fait il faudrait plutôt parler de seconde version, tant l'auteur développe les chapitres.
C'est donc cette version revue par l'auteur et traduit de l'anglais que nous donne Paul Jimenes.
On retrouve avec plaisir les aventures mexicaines de nos trois chercheurs d'or, même s'il est difficile de ne pas mettre le visage d'Humpfrey Bogart derrière le personnage de Dobbs.
La fable est âpre et l'humour impitoyable. La quête de l'or s'avère être un révélateur de faces obscures, on n'y gagne que ce que l'on mérite. Le vieux Howard résume ainsi ce qui attend le chercheur d'or :
l'or est quelque chose de diabolique. D'abord il change complètement votre caractère. Quand vous en trouvez, votre âme change du tout au tout. C'est inévitable.
C'est cette expérience de la cupidité et de l'avidité que vont avoir nos trois comparses perdus en plein Mexique.
Lire ce Traven aujourd'hui est aussi une bonne façon d'aborder 2009, qui sera riche en découvertes et lectures mexicaines (j'attends L'Odyssée barbare de Daniel Sada avec la bave aux lèvres!), puisque le Mexique est l'invité du salon du livre en mars.

mercredi 10 décembre 2008

L'autofictif sur du vrai papier !

«En septembre 2007, sans autre intention que de me distraire d’un roman en cours d’écriture, j’ai ouvert un blog, quel vilain mot, j’ai donc ouvert un vilain blog et je lui ai donné un vilain titre, plutôt par dérision envers le genre complaisant de l’autofiction qui excite depuis longtemps ma mauvaise ironie.
Rapidement j’ai pris goût, et même un goût extrême, à cet exercice quotidien d’intervention dans le deuxième monde que constitue aujourd’hui Internet et à ces petites écritures absolument libres de toute injonction.
Mon identité de diariste est ici fluctuante, trompeuse, protéiforme. Je me considère à mon tour comme un personnage, je bascule entièrement dans mes univers de fiction où se rencontre aussi, non moins chimérique, le réel. Je ne m’y interdis rien, c’est le principe, ni la sincérité ni la mauvaise foi, ni même à l’occasion l’assassinat.
Ces pages pourront être lues ainsi comme la chronique nerveuse ou énervée d’une vie dans la tension particulière de chaque jour.»
Éric Chevillard


Parution le 20 janvier à L'arbre vengeur, 15 euros.

Cela veut-il dire que l'autofictif va s'arrêter après le 20 janvier (pitié non !!) ?
Y aura t-il des "Badges collector" de Chevillard comme ceux de Bloy ou Chesterton ?
Feront-ils des "tee-shirt collector" avec des phrases de l'autofictif imprimées dessus comme par exemple :
J’ai bien essayé de domestiquer les chèvres de mon île : jamais elles ne m’ont fait du fromage.
ou encore
Le chat fait miaou, le coq fait cocorico, le chien fait ouah, le mouton fait bêêêê, la vache fait meuh, la girafe fait pouët.
ou
– Je suis un inconditionnel de Shakespeare, dit-il en faisant claquer avec les pouces ses bretelles sur sa bedaine.
Mais enfin, il y en a tellement que même les murs de ma cellule ne peuvent les recevoir toutes, alors comment les faire tenir en 256 pages ?

En attendant le 20 janvier, rendez-vous ici pour votre dose quotidienne.

jeudi 4 décembre 2008

Méditations egyptiennes


Excellent livre de chevet pour cette fin d'année que Les poussières de l'effacement de Gamal Ghitany.
Livre fait de pensées de souvenirs mais aussi d'interrogations sur ce qu'une vie peut apporter ou défaire.
Ghitany n'est pas en quête du sens de la vie, mais s'efforce d'être attentif aux mouvements de l'esprit qui vagabonde dans son passé, il sait que les enseignements d'une vie sont nombreux et multiples comme les brises printanières celles là même dont on ne sait si "elles sont éternelles, dérivant sempiternellement à travers le cosmos et le temps" ou si elles sont "les petites filles de celles, anciennes, qui ont soufflé sur nos ancêtres".
Au moment de faire le bilan d'une vie, le temps devient une interrogation centrale, les lieux de son enfance, de sa vie d'homme, prennent une grande place de même que ses souvenirs. Ghitany est introspectif avec fraicheur et sincérité. Il laisse le lecteur percer les tréfonds de son âme, il ouvre la porte, nu comme aux premiers jours de sa vie.
La naissance, la sortie de la matrice est un des thèmes récurent comme si en entrant dans la dernière partie de sa vie, l'esprit faisait sentir à la main qui écrit que le temps des origines est primordial. Que l'interrogation d'une vie débute par le mystère de sa naissance.
Ghitany est en quête de ceux qu'il fut tout au long de son existence, l'enfant, le jeune homme., l'homme d'age mûr. Tous sont différents, car un homme est fait de la somme des êtres qu'il est destiné à habiter tout au long de sa vie. Et ce sont ces personnalités là que Ghitany traque dans ces pages.

mercredi 3 décembre 2008


Le navire poursuit sa route
Nordahl Grieg
Editions les fondeurs de briques

C'est dit sur la quatrième de couverture, ce roman annonce Le vaisseau des morts de Traven, Le Quart de Kavvadias et Ultramarine de Lowry. Rien que du très tentant, alléchant. Je rajouterais même dans la liste Chalut de B.S. Johnson pour certaines phrases sur la solitude de l'homme face à l'immensité étale des océans.
Nordhal Grieg, un norvégien qui a tout pour plaire à priori : une vie fulgurante, il meurt en 1943 à quarante et un ans au cours d'un raid aérien sur Berlin après avoir été tour à tour marin, vagabond et journaliste sur tous les points chauds de la planète des années trente (Chine, Espagne, URSS).
Voici pour le bougre passons maintenant au roman : brut, amer, glauque, suffocant et bouleversant par sa simplicité et sa force.
Un navire poursuit sa route ou la vie de Benjamin un jeune homme qui vient de s'embarquer comme simple matelot sur un cargo monstre de fer. La vie de l'équipage est dure, les conditions climatiques le sont tout autant mais l'existence est simple, rythmée par les coups de vent et les escales. Les amitiés sont franches et les douleurs se partagent dans la cabine entre deux quarts malgré les solitudes immenses des hommes.
Le roman est une plongée au cœur d'un monde, ce n'est pas un roman de mer au sens strict il est tout entier tourné vers des expériences humaines. J'ai été pris entre fascination et dégoût. Fascination parce que le roman est sublime dans sa langue, ce quelque chose d'expressionniste dans le regard que Grieg porte sur ce huis clos. Fascination pour le courage de ces gars qui jouent le jeu social au milieu des mers. Et dégoût parce que tout à bord semble hostile mais aussi poisseux.
"Un suffocant relent de pourriture lui saute au visage, au point qu'il défaillit presque. Dans la pénombre de la pièce, une lampe brûle avec peine, comme malade, dans cette touffeur."
Pourtant, tout cela s'estompe au fur et à mesure de la lecture, peut être parce qu'on s'habitue , une fois passé le choc initial, à cette claustration et aux conditions de vie. Le roman nous parle d'hommes, de leur espoirs et de leurs peine et il nous marque par sa justesse.
Le navire poursuit toujours sa route, inéluctablement, emportant ses hommes ou bien les abandonnant dans l'abîme.