jeudi 6 février 2014

Eric Chevillard - Le désordre AZERTY.


Il est un mot que l'on doit absolument proscrire des articles ou des critiques sur un livre sous peine de passer pour le dernier des cons; un mot a ce point galvaudé, piétiné, privé non pas de son sens mais bien de son expressivité ;  bref un mot à faire fuir le client ou le chaland... c'est JUBILATOIRE. 
Parce que aujourd'hui sont considérées comme jubilatoire  des histoires du genre d'un vieux qui ne veux pas qu'on lui fête son anniversaire ou encore d'autres qui me sont totalement inconnues mais qui présentent sur la couverture de pauvres félins affublés de bonnets péruviens !

Et c'est bien dommage parce que  pour le livre qui me préoccupe maintenant c'est exactement cela. 
Comme le dit mon copain le Grand Robert, je me réjouis vivement  (de qqch.),ma joie est vive, expansive, exubérante.
Ah que j'aimerais en plus pouvoir utiliser ces "émoticônes" que l'on trouve partout sur les forums ... mais ça non plus c'est totalement prohibé sous peine de passer comme le dirait mon pote Céline pour un con de jubileur !
Oui je jubile mais je n'ai pas le droit de le dire parce qu'un con de fakir  enfermé dans une armoire m'en empêche !
Tans pis, essayons de faire passer cette jubilation par d'autres mots.
Le désordre AZERTY est un livre pétillant, pétrit d'intelligence , c'est un réconfort de l'âme autant qu'une source d'exercice pour les zygomatiques. 
Vous me rétorquerez qu'il n'y a là rien d'exceptionnel, c'est un livre signé Chevillard...et je vous donnerez raison.
Oui, Eric Chevillard signe une sorte d' autoportrait sous forme d'abécédaire.
Bien évidemment l'ordre des lettres a été bouleversé, il en résulte une succession de textes qui résonnent comme autant d'exercices d'improvisations autour des mots, ce qui permet à Chevillard ou tout au moins l'auteur qui se cache sous ce nom là de montrer l'étendue de son talent, sans céder au tour de force !  
Chevillard on le sait est un digne continuateur d'écrivain comme Michaux ou encore Bettencourt, un écrivain qui met l'imagination au pouvoir coûte que coûte et c'est donc sous ces auspices là que nous nous trouvons, dans ce mélange toujours surprenant de drôlerie de poésie et d'inventivité.
On retrouve ça et là les traces d'une sensibilité qui semble toute nouvelle, comme si Chevillard avait - la cinquantaine arrivant - trouvé une sorte d'apaisement, des émotions nouvelles qui viennent alimenter ces textes, apportant de fait des nouvelles promesses...

jeudi 16 janvier 2014

Stanislas Rodanski

C'est toujours très difficile pour moi de parler de poésie, j'ai le sentiment de me mettre à nu plus que je le voudrais (dis moi qui tu lis je te dirais qui tu es). La poésie fait appel à ces choses les impalpables et secrètes, ces petits mystères en nous que l'on cache.
Pourtant j'ai besoin de partager ce poème de Rodanski paru dans Je suis parfois cet homme (Gallimard) qui regroupe un ensemble inédit de ce poète noir, figure fulgurante du surréalisme de la seconde moitié du vingtième siècle.
Je n'en dirai pas plus, le poème parle pour lui, si ce n'est qu'il entre dans une anthologie permanente  des poètes en partance à l'instar de Baudelaire, le Rimbaud du Bateau ivre, Louis Brauquier, Kenneth White et j'en passe.



AVENTURIER

Certains me croient un conquérant
et voient en mes yeux l'extase des guerriers jeunes
Je suis celui qui s'enfuit et ne revient jamais
Et je suis celui qui demeure

Chevalier errant du temps perdu
Je campe en des territoire prohibés
Je suis un chasseur solitaire
Mes proies sont nombreuses et fugitives
Je les traque en des jungles sous-marines
Parmi les fleurs aiguës du givre et de l'écume

Et je voyage pour des quêtes périlleuses
La piste de la nuit me guide
Jusqu'en des ports de legende
Où résonne l'appel des lointains nordiques
Et je pars 

Passagers d'un navire illusoire 
Vers les ultimes mers de la nuit
Le cap à l'infini

Michael Kenna

mercredi 6 novembre 2013

Propos sur une remarque

Il y a de cela quelques semaines, j'écrivais à propos de Confiteor de Cabré des mots certainement maladroits sur la littérature espagnole : "qui semble depuis toujours être cantonnée à une littérature péninsulaire", n'appartenant pas en cela à la grande littérature européenne.
J'ai reçu par la suite un message de Jane D qui marquait sa circonspection quant à mon propos.
J'ai mis un peu de temps, mais je souhaite éclaircir cette phrase maladroite et expliquer ce propos qui peut en effet porter à confusion.

Je commencerai par souligner que je n'exprime pas là une opinion personnelle, mais un constat et que ce n'est pas un jugement qualitatif, il y a bien évidemment de la grande littérature non-européenne !
Si la littérature espagnole n'est pas à rattacher à la littérature européenne, c'est qu'elle a ses propres spécificités et que son génie est ailleurs.
Il suffit d'un bref coup d'oeil sur l'histoire de la peninsule ibérique pour comprendre que l'Espagne est un pays dans lequel s'est joué au fil des siècles une histoire différente à bien des égards que sur le reste du continent.
Je vais prendre quelques exemples
L’impérialisme espagnol au siècle d'or  et un peu après
Les temps de domination musulmane en Andalousie et sur l'ensemble de la péninsule assure un moment de grande intensité culturelle...mais c'est à mettre au profit des musulmans d'Al-Andalus au détriment des catholiques espagnols empêtrés dans l'obscur moyen-âge.
Au siècle d'Or et après, le grand Empire espagnol, le pays sur lequel le soleil ne se couche jamais marque une fermeture des mentalités et des cultures.
Au vingtième siècle, l'Espagne franquiste est isolée du reste de l'Europe, sa littérature est soumise à la censure, et cela se ressent sur l'expression qu'elle prend. 
L'Espagne - comme découvreuse du nouveau monde - a concentré son attention et focalisé son influence sur l'Amérique se détournant par là du vieux continent.

J'ajouterais à la remarque sur le Don Quichotte inventeur du roman moderne, qu'aujourd'hui le roman est mondial, qu'il a été inventé en Grèce dans l'antiquité et que je crois que le roman de Cervantes est une étape de son évolution.

Je ne suis pas historien, ni spécialiste de littérature, mais il me semble que tous ces éléments contribuent à donner à la littérature espagnole une couleur bien à elle, et bien différente de celle du reste de l'Europe. 
Toutefois, il reste aussi a affirmer que parler de littérature européenne, c'est se mettre dans une délicate position tant les spécificités et les disparités sont grandes à l'intérieur de cet aire géographique. 
On peut remarque toutefois quelques constantes et notamment lors du grand moment romantique, qui touche à un moment ou à un autre tout le continent. 

Dans ce contexte là, il me semble que le travail de Jaume Cabré rejoint la tradition du Bildungsroman, et parce qu'il va chercher des racines au cœur des montagnes allemandes et dans les grandes tragédies de notre histoire commune,
Confiteor établit un lien, un trait d'union entre la littérature hispanique  et la  littérature européenne. 

vendredi 11 octobre 2013

La carte de Confiteor

Dégotée sur la toile, fruit de beaucoup de travail (j'imagine), on la doit à une certaine Marta Fonollosa Penalva (je crois), je vous présente la Carte du roman de Jaume Cabre Confiteor.
Attention le document contient des éléments de l'intrigue (plutôt oui !), mais c'est un travail qui force le respect


Cliquez ICI pour accéder au document original.