jeudi 1 octobre 2009

Jim Tom et Alice

C'est avec ces trois prénoms que se résument mon été de lectures. Trois romans que j'ai choisi pour une plongée dans le monde de l'enfance, trois destins qui rencontrent et qui nous parlent de ce qu'est l'imaginaire. Trois romans que l'on dit pour enfants (et ils le sont aussi à des degrés divers), mais qui me semblent être plus des romans du monde de l'enfance (comme cela plus personne n'est exclus) : Alice aux pays des merveilles, les Aventures de Tom Sawyer et l'Ile au trésor. Trois immenses romanciers Lewis Carroll, Stevenson et Mark Twain.

Trois façons de vivre et de rompre avec le monde de l'enfance car l'enjeu de ces histoires est précisément de faire grandir chacun des personnages : Alice dans ses rêves de l'autre coté du miroir, Jim à la recherche du trésor caché de l'île et enfin Tom dans ses aventures au bord du Mississippi. Mais finalement trois romans très ambigus car ils provoquent des effets diamétralement opposés que le lecteur soit adulte ou enfant. Je m'explique, ces romans portent en eux le monde de l'enfance mais aussi la mélancolie de la perte de ce monde. Un lecteur enfant trouvera dans ces lectures de quoi grandir en s'identifiant aux héros, mais un lecteur adulte trouvera lui un moyen de retourner provisoirement en enfance; que ce soit dans le monde onirique et farfelu d'Alice, dans les espiègleries de Tom (lui qui souhaite notamment mourir temporairement), ou dans l'expérience de la grande aventure de Jim (exotisme de l'île, quête d'un trésor, voyage en mer avec des pirates...).
Il y a là l'expérimentation de l'étrange pouvoir de la lecture.
Georges Bataille au début de La littérature et le mal écrit que "la littérature c'est l'enfance enfin retrouvée"(1). Et si c'était là le secret du romanesque pour nous faire lire, pour nous captiver.
En latin le mot enfant est in-fantia (littéralement a-parlance). Quignard dit qu' "Il renvoie à un état initial, non social, qui fait source en nous" (2). On peut aussi bien renvoyer la littérature à cette chose primordiale, qui fait source (Quignard la teinte de mélancolie et de solitude ). Alice dans son rêve de l'autre coté du miroir invente du langage et un monde dans lequel elle a tout à apprendre. Stevenson repousse les limites du monde de Jim et Twain une morale à apprendre.
Si la littérature c'est l'enfance enfin retrouvée, il y a bien là pour le lecteur la liberté de se retrouver à chaque fois devant un monde neuf à inventer dont on apprend les codes (comme la langue) au fur et à mesure de la lecture. On se retrouve dans un position infantile en adéquation avec le roman que l'on tiens.

Jim relate ses aventures comme le fait Alice, mais il ne le fait pas comme un enfant (il ne nous dit pas quel est son âge quand il commence sont récit, il est certainement adulte et pourtant il se réinstalle dans sa propre enfance, il abolit la distance qui le sépare de ses souvenirs). Alice au contraire est totalement immergée dans le monde de l'enfance elle nous parle depuis son rêve.
Alice est dans l'apprentissage du monde.
Jim et Tom sont dans l'usage du monde.

Henry James aime à penser que "le romancier doit écrire à partir de son expérience, que ses personnages doivent être réels, semblables à ceux que l'on peut rencontrer dans la vie" (3).
Dans la gentille querelle qui l'oppose à Stevenson en 1884, il lui reproche son maque de réel parce que dil-il "j'ai été enfant, mais je n'ai jamais été à la recherche d'un trésor"(4). C'est entendu dans la réalité. Stevenson lui répond par le truchement de ce qui précisément manque le plus à James, le sens de de l'imaginaire : " Voilà, en vérité, un paradoxe provocateur, car s'il n'a jamais été à la recherche d'un trésor caché, c'est la preuve qu'il n'a jamais été un enfant." (5)

C'est bien ce qui est en jeu dans ces romans là, ce que ces romanciers questionnent le plus profondément. Je veux parler de l'étendue du territoire de l'imaginaire.
Il est variable chez les garçons mais il prend sa source dans le réel, alors qu'Alice explore des mondes souterrains et inconnus.
Ce qui les rejoint tous trois c'est l'utilisation que l'on peut faire du monde, c'est la puissance de l'imaginaire.
Tom Sawyer est un roman fait de l'espièglerie des enfants du XIXè siècle dans cet illinois qui borde le Mississippi. A la lecture on sent vraiment une grande entre l'auteur et son sujet. Twain est aussi espiègle que Tom, il jubile d'écrire ses aventures. Tom projette de mourir temporairement (par amour suite à une dispute avec Becky) c'est là que la machine à rêve s'emballe, il n'y a qu'un enfant pour penser cela et le mettre en pratique. Tom n'a aucune idée des conséquences en fait il s'en fiche. L'imaginaire lui ouvre le champ des possibles.
Les aventures d'Alice, elles, sont totalement dans l'imaginaire, elle use, forme, et transforme les mots, elle modèle sa fiction au moment ou elle l'a vit. Les garçons eux embrassent le monde, leur imaginaire réside dans les potentialités du monde réel, pas dans celui qu'ils fabriquent.
Dans l'ensemble on peut penser que les trois romans laissent ouvert leur monde sur l'imaginaire, y compris leurs fins. Rien n'empêche le lecteur de rêver à des suites. Il y en a eu pour Alice et Tom et on peut sans hésiter rêver aux autres aventures de Silver puisqu'il arrive à s'enfuir avec un peu d'argent.

"Avant quand je lisais des contes de fées, j'imaginais que ces choses là n'arrivaient jamais, et me voilà maintenant au beau milieu d'un conte ! On devrait écrire un livre sur moi c'est certain." (p 78).

Les éditions lues sont : la nouvelle traduction des Aventures de Tom Sawyer de Mark Twain (assurée par Bernard Hoepffner, édition Tristram), Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll (traduction nouvelle de Laurent Bury, livre de poche), L'île au trésor de Robert Louis Stevenson ( traduction de La pléiade de Marc Porée, Folio).

(1) La littérature et le mal, préface, folio essai.
(2)Pascal Quignard, La barque silencieuse, éd du Seuil, p 64.
(3) Michel Le Bris, Une amitié littéraire : James Stevenson, Payot, p 84.
(4) ibid, p 97.
(5) ibid, p 110.

mercredi 23 septembre 2009

Le dictionnaire des littératures hispaniques


Il n'y avait plus rien depuis 2005, depuis la parution de La littérature hispano-américaine de 1940 à nos jours de Claude Cymerman et Claude Fell (Nathan, 2001) bien entendu épuisé, jamais réimprimé.
La chose est réparée cet automne puisque vient de paraître ce formidable Dictionnaire des littératures hispaniques (Espagne et Amérique latine) dans la collection Bouquin chez Robert Laffont. Une vraie bible en 17000 entrées dirigée par Jordi Bonells qui rassemble et organise le savoir sur toutes ces littératures hispanophones jusqu'aux écrivains nés en 1962, la littérature ultra-contemporaine est donc bien présente (avec notamment des auteurs que l'on vient juste de découvrir en France - je pense par exemple à Daniel Sada).
Le dictionnaire fait aussi la par belle aux articles thématiques, sur les différentes histoires de la littérature d'Amérique centrale et latine, ainsi que sur les mouvements littéraires et les grands textes (encore une fois on trouve des recensions synthétiques sur les classiques contemporains jusqu'au 2666 de Bolano).
Bref nous voilà avec un outil indispensable et finalement bien rare dans le paysage éditorial. Les dictionnaires que proposent les PUF (Inde, Japon, Chine, Brésil...) ont le mérite d'exister mais sont des extraits de l'énorme Dictionnaire universel des littératures de 1994 qui ne faisait par la part belle au contemporain, et l'Histoire de la littérature américaine 1939-1989 de Pierre-Yves Pétillon (Fayard, 1992 puis 2003) aurait bien besoin d'une sérieuse mise à jour.
La littérature est mondiale mais il faut du temps pour synthétiser et fixer les savoirs...
Vous me rétorquerez qu'il y a Internet et Wikipédia...c'est sûr, mais avec ce genre de livres c'est toute une littérature que je tiens à portée de main, c'est comme si tous ces romans et poèmes étaient déjà un peu dans ma bibliothèque. C'est peut-être ça l'idée de la littérature portative.

mardi 15 septembre 2009

Drago Jancar et l'image.


Découvert par la couverture du roman de Drago Jancar (le dernier bijou à paraître au Passage du nord ouest) Katarina le paon et le jésuite, les photos de Desiree Dolron (son site ici) sont un véritable choc émotionnel.
Quatre séries de clichés époustouflants :
-xteriors (dont est tiré la photo le couverture) évoque toute la tradition de la peinture flamande avec un petit rien des toiles de Wihelm Hammershoi. Ces photos glacent le sang et fascinent en même temps.
-Te di todos mi suenos est un photo reportage à la Havane.
-Gaze sont des portraits sous marins (on peut s'étonner que Björk n'ai pas encore fait appel à elle).
-et enfin Exaltation est un reportage sur les danses sacrées (je ne sais pas dans quel pays) où on voit que l'art du piercing en occident n'en est qu'a ses balbutiements.

De quoi s'en mettre plein les mirettes en attendant d'attaquer le roman du slovène, parce que ces photos là racontent des histoires.

mardi 8 septembre 2009

De la rentrée littéraire...


Les rentrées littéraires sont pleines de bons romans.
Il y a ceux dont tout le monde parle parce qu'ils sont incontournables, la partie émergée de l'iceberg (les médias et les maisons d'édition en ont décidé ainsi), parfois ils engendrent une polémique, ils abordent des sujets d'actualité ou tout simplement touchent au plus profond des lecteurs (d'un grand nombre de lecteurs potentiels). Ce sont pourtant de bons romans :
Haenel, Yan Karski, Gallimard.
Marie Ndiaye, Trois femmes puissantes, Gallimard.
Laurent Mauvignier, Des hommes, Minuit. (Un roman d'une grande densité qui aborde avec justesse et un vrai point de vue de romancier la guerre d' Algérie faite de honte et de secret. Le livre est construit comme une montée en puissance, à la manière d'un souvenir traumatisant qui remonte à la surface de la conscience et qui en devient obsédant jusqu'à la folie.)
Il y a ceux que l'on attend comme on peut attendre des nouvelles de bons amis. Les Quignard, les Roth... Ceux là nous ont convaincus il y a déjà longtemps qu'ils étaient de bons écrivains. Je rajouterais même Robert Alexis et son U-boot (chez Corti)dans cette catégorie, même s'il n'est pas encore un écrivain consacré, c'est un des rares dont je lise systématiquement ses romans (sa prose ma fascine).
Il y a ceux qui viennent transformer un premier essai, ceux que l'on ne connaît pas encore très bien, on attend d'eux qu'ils nous surprennent, nous envoûtent comme leurs autres romans (ces premiers romans dans lesquels on avait voulu voir des qualités qui n'y étaient peut être pas mais un premier roman cherche toujours à émouvoir ou captiver son lecteur de façon particulière).
Hélène Frappat, Par effraction, Allia.
Jérome Lafargue, Dans les ombres sylvestres, Quidam.
Pascal Morin, Biographie de Pavel Munch, Le rouergue.
Thierry Hesse, Démons, L'olivier.
Serge Mestre, La lumière et l'oubli, Denoël.
David Fauquemberg, Mal tiempo, Fayard.
(Je pense revenir sur ceux là un peu plus longuement).
Il y a les monstres, ceux dont on ne sais pas encore par quel bout les prendre (je pense au romancyclopedie Les soniques (édition Inculte).
Enfin il y a les premiers romans, ceux dont on veut qu'ils nous épatent, qu'ils apportent quelque chose de nouveau, qu'ils soient une révélation :
Stephane Velut, Cadence, Bourgois.
David Boratav, Murmures à Beyoglu, Gallimard.
(la liste n'est pas encore close).

La rentrée littéraire est pleine de bons romans parce qu'il n'est pas besoin de 650 bons roman. C'est à l'aune de ma capacité de lecture que je veux juger une rentrée.
De combien a t-on besoin de bons livres pour tenir les deux mois de rentrée ?
Certainement pas 650.

lundi 7 septembre 2009

Lundi en demi-teinte.

C'est un petit peu l'évènement de cette rentrée sur ma blogosphère : l'apparition du Fric-frac club (deuxième version), une évolution qui semble logique et dans la continuité de l'ensemble de leur boulot sur les différents blogs. je leur (vous) souhaite de grands moments et suis impatient de les lire.
Toutefois ce lundi résonne des différents glas qui hantent ma page d'accueil. Beaucoup proclament la fin, et cela me rend un tantinet triste, fini ces voix singulières...c'est à croire que Sim était membre du Fric-frac Club (un chum quoi !).

Le monde doit être neuf aujourd'hui.

jeudi 3 septembre 2009

Jaume Cabré - Les voix du pamano


Pour rompre ce fracassant silence...
Parce que Les voix du Pamano est roman imposant par la force de ses dispositifs narratifs et de son histoire...
Parce que c'est un roman qui est totalement passé à coté des yeux de la critique et que seuls quelques libraires ont eu l'intuition de lire...
Enfin parce que ce roman est une bénédiction.
Les Voix du Pamano est pour moi le roman le plus fort du semestre. Un livre fort tant par son histoire que dans sa construction, un roman qui se déploie comme une mosaïque que le lecteur reconstruit peu à peu au fil des pages. Entièrement centré autour d'un village des Pyrénées catalanes : Torena et se ses secrets. Entre 1944 et 2002 l' Histoire (celle avec une grande hache) mêle à celle d'une poignée de villageois et leurs secrets. Les secrets nés de la guerre civile et du poids de la vie au temps du franquisme. La vengeance et la haine semble être le moteur de ces vies et Jaume Cabré nous fait entrer dans les mystères de ce village, au travers des voix intimes de ses protagonistes.
La difficulté pour conseiller ce livre vient du fait qu'il est dommageable de dévoiler ne serait-ce qu'une petite partie de l'histoire, parce que Cabré à construit son roman en mélangeant le temps de l'Histoire et celui plus intime de ses personnages. Ces deux temps ne sont plus linéaires par conséquent le roman avance avec sa propre cohérence.
Une des grandes réussites du romancier réside dans la façon qu'il a d'éclater le fil de son roman et de laisser au lecteur la plaisir de reconstruire les histoires qui peuplent le livre.
Conseiller ce roman c'est faire accepter un pari de confiance au lecteur, c'est lui promettre une histoire d'une force incroyable (celle d'une grande saga) servie par une construction et un style grandiose. Les voix du Pamano est un roman éblouissant jusqu'aux larmes.

Comme tous les grands livres, il ne se laisse pas apprivoiser sans mal, pourtant la récompense est à la hauteur des efforts une fois passées les cinquante premières pages qui mettent en place les dispositifs narratifs on se retrouve embarqué dans une histoire qui nous dépasse et nous piège

mercredi 19 août 2009

Rentrée sortez

Ça y est c'est parti alors que je suis encore en vacances... c'est la rentrée littéraire bien entendu.
C'est accablé de chaleur que j'ai vu ce matin une magnifique colonne de Carlos Ruiz Zafon (Le jeu de l'ange chez Robert Laffont) dans le supermarché d'à coté ou j'étais allé chercher de quoi me faire des mojitos. Pour l'instant la rentrée ne se résume qu'à cela : le gros best-seller de l'automne en tête de gondole à Auchan. pourtant il y a bien d'autres livres qui viennent de paraitre mais aucun autre n'était là (pourtant il faut leur rendre justice, il y avait une pile de Michon coincée entre Musso et Montaldo).
Pas même le roman de Fredo Beigbeder Un roman français (Grasset) dont on peut lire une belle "critique tir au pigeon" chez Thomz ( A country for old men ) qui ouvre le bal (en beauté) de cette rentrée cuvée 2009.
Pas même toutes les autres merdes que l'on va nous servir jusqu'aux prix littéraires.
Et pourtant il y a de bon romans comme chaque année, il faut juste savoir les débusquer, aller chercher dans les marges ou chez les éditeurs qui n'ont pas forcément pignon sur rue.
J'établirais bientôt une première liste de livres qui n'ont plus cet automne.
Vous pouvez vous aussi lecteur m'adresser vos suggestion de romans en commentaire...
Nous en discuterons et j'essaierais cet automne d'être plus présent qu'au premier semestre.