mercredi 6 novembre 2013

Propos sur une remarque

Il y a de cela quelques semaines, j'écrivais à propos de Confiteor de Cabré des mots certainement maladroits sur la littérature espagnole : "qui semble depuis toujours être cantonnée à une littérature péninsulaire", n'appartenant pas en cela à la grande littérature européenne.
J'ai reçu par la suite un message de Jane D qui marquait sa circonspection quant à mon propos.
J'ai mis un peu de temps, mais je souhaite éclaircir cette phrase maladroite et expliquer ce propos qui peut en effet porter à confusion.

Je commencerai par souligner que je n'exprime pas là une opinion personnelle, mais un constat et que ce n'est pas un jugement qualitatif, il y a bien évidemment de la grande littérature non-européenne !
Si la littérature espagnole n'est pas à rattacher à la littérature européenne, c'est qu'elle a ses propres spécificités et que son génie est ailleurs.
Il suffit d'un bref coup d'oeil sur l'histoire de la peninsule ibérique pour comprendre que l'Espagne est un pays dans lequel s'est joué au fil des siècles une histoire différente à bien des égards que sur le reste du continent.
Je vais prendre quelques exemples
L’impérialisme espagnol au siècle d'or  et un peu après
Les temps de domination musulmane en Andalousie et sur l'ensemble de la péninsule assure un moment de grande intensité culturelle...mais c'est à mettre au profit des musulmans d'Al-Andalus au détriment des catholiques espagnols empêtrés dans l'obscur moyen-âge.
Au siècle d'Or et après, le grand Empire espagnol, le pays sur lequel le soleil ne se couche jamais marque une fermeture des mentalités et des cultures.
Au vingtième siècle, l'Espagne franquiste est isolée du reste de l'Europe, sa littérature est soumise à la censure, et cela se ressent sur l'expression qu'elle prend. 
L'Espagne - comme découvreuse du nouveau monde - a concentré son attention et focalisé son influence sur l'Amérique se détournant par là du vieux continent.

J'ajouterais à la remarque sur le Don Quichotte inventeur du roman moderne, qu'aujourd'hui le roman est mondial, qu'il a été inventé en Grèce dans l'antiquité et que je crois que le roman de Cervantes est une étape de son évolution.

Je ne suis pas historien, ni spécialiste de littérature, mais il me semble que tous ces éléments contribuent à donner à la littérature espagnole une couleur bien à elle, et bien différente de celle du reste de l'Europe. 
Toutefois, il reste aussi a affirmer que parler de littérature européenne, c'est se mettre dans une délicate position tant les spécificités et les disparités sont grandes à l'intérieur de cet aire géographique. 
On peut remarque toutefois quelques constantes et notamment lors du grand moment romantique, qui touche à un moment ou à un autre tout le continent. 

Dans ce contexte là, il me semble que le travail de Jaume Cabré rejoint la tradition du Bildungsroman, et parce qu'il va chercher des racines au cœur des montagnes allemandes et dans les grandes tragédies de notre histoire commune,
Confiteor établit un lien, un trait d'union entre la littérature hispanique  et la  littérature européenne. 

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