jeudi 19 janvier 2012

Georges Didi-Hubermann, Ecorces

 En 2003 dans Images malgré tout (éditions de Minuit) , Georges Didi-Huberman achevait son ouvrage sur les quatre photos prise par les membres du sonderkommando d’Auschwitz-Birkenau par ces mots :
“La question des images est au cœur de ce grand trouble du temps, notre “malaise dans la culture”. Il faudrait savoir regarder dans les images ce dont elles sont les survivantes. Pour que l’histoire, libérée du pur passé (cet absolu, cette abstraction), nous aide à ouvrir le présent du temps.”  (p226)
Écorces, qui vient de paraître, est précisément le moment de cette interrogation. C’est un récit-photos, ou plutôt une suite de photos commentées  que Didi-Huberman a rapporté de sa visite du complexe d’Auschwitz-Birkenau.
Les lieux ne sont pas neutres, et certains sont plus chargés que d’autres. Ceux qui furent pendant la seconde guerre mondiale des lieux d’extermination sont aujourd’hui devenus extrêmes : des lieux de la barbarie. Parce qu’ils sont la manifestation de l’inimaginable, ils sont précisément ceux qu’il faut s’efforcer d’imaginer “malgré tout”.
Les lieux ne sont pas neutres, mais certains sont plus chargés que d'autres. Visiter le complexe d’Auschwitz-Birkenau aujourd'hui qu'il est devenu un musée d'état, c'est se mettre dans une position duelle. C'est ce que montre le livre de Georges Didi-Hubermann. Écorces est ce récit qui se glisse dans les interstices du temps ; qui voyage entre le temps du crime, porté par le regard historique, et le temps présent (celui d’un musée à l’intérieur duquel un baraquement à été transformé en stand commercial).
Passé le moment de sidération provoqué les photos et leur commentaire, la lecture prend une tournure toute neuve. Nous sommes invités à nous poser la question de quoi Écorces est-il le révélateur dans notre histoire intime ? 
Par la simplicité et le fait que ces images ne sont pas habitées, Didi-Hubermann met en jeu notre rapport intime face à ce qui nous est proposé d'imaginer et qui est précisément l'inimaginable.
Le lecteur, et c’est toute la beauté et la générosité du livre, trouve ainsi une place centrale dans le récit, par l’invitation faite d’investir les photos de sa propre histoire et de ses propres questionnement sur la Shoah. A travers les pages du récit, c’est notre propre récit qui se construit petit à petit et presque malgré nous.
« On ne dit pas la vérité avec des mots, mais avec des phrases ». Ici Georges Didi-Huberman compose ses phrases avec des images, ces morceaux d’écorce qui, ainsi agencés tentent d’écrire une histoire tout en laissant au lecteur la place d’inscrire la sienne.

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