jeudi 22 janvier 2009

Enterrez-moi sous le carrelage


Cela fait plusieurs semaines déjà que je tourne autour de cet article, que j'essaie des choses et que rien ne fonctionne, sans arriver à comprendre pourquoi. peut-être parce que c'est un roman qui a joué sur ma corde sensible, c'est un livre qui m'a touché. Et cela de deux façons différentes : il m'a ému et m'a beaucoup fait rire. Du coup cela devient un peu difficile d'intellectualiser la lecture, je pense ne pas en avoir envie.
Plus je parle du livre, plus c'est l'émotion qui prend le pas dans le souvenir de lecture, alors que sur le moment, c'était surtout les crises d'hilarité. Peut être parce que Enterrez-moi sous le carrelage est venu à point nommé s'ajouter au reste des livres de la pile du lecteur fatigué des rentrées littéraires qui s'enchaînent sans relâche que je suis en ce début d'année.
Il est arrivé comme une lecture qui ressource, qui donne le courage de s'attaquer à la nouvelle année et à touts ses surprises.
Mais passons au livre.
Il n'y a pas d'intrigue dans ce roman, juste une situation, posée dès le début et d'où découle tout le romanesque :
Je m'appelle Sacha Savéliev. Je suis en CM1 et je vis avec ma grand-mère et mon grand-père. Ma mère m'a échangée contre un nabot buveur de sang et à accroché une lourde croix au cou de ma grand-mère. Et j'y suis pendu depuis l'âge de quatre ans.

Le roman est ainsi fait de la chronique des jours ordinaires du petit Sacha, un jeune moscovite qui ne vit plus avec sa mère (c'est une traînée dit la grand-mère !).
On le comprend vite, il y a derrière ce semblant d'abandon maternel toute une histoire qu'un enfant ne peut pas comprendre, des "histoires de grands". Mais Sacha lui s'en moque, ce qui l'intéresse c'est d'être comme les autres garçons, et de faire comme eux.
Pourtant il ne peut pas, il est malade. Sa grand mère le lui a prédit il pourrira à l'âge de 16 ans des causes de ses multiples maladies.
Heureusement que sa mémé est là pour veiller sur lui parce que sa mère en est incapable (c'est toujours une traînée !)
Elle veille sur lui en lui interdisant à peu près tout y compris de transpirer, elle l'emmène chez un médecin presque tous le jours pour soigner toutes ses afflictions (la liste même non exhaustive est impressionnante), et puis il y a surtout que Sacha est un débile (une des conséquences de ses maux) c'est encore mémé qui le dit.
Voilà un aperçu des choses que peut dire la grand-mère, en fait elle va bien plus loin que cela, et tout l'humour du roman réside là dans les outrages et les extravagances de la mémé, car c'est un personnage fascinant qui évolue entre folie ordinaire et logorrhée. Elle aime son petit Sacha, à n'en pas douter mais elle se retrouve incapable de le manifester d'un façon normale, elle est une manifestation de l'âme russe dans sa dimension la plus absurde.
Il y a dans ce personnage de la mémé, une folie dévorante et une détresse. Elle puise son énergie en s'occupant de Sacha tout en faisant de son éducation son propre malheur.
Sacha lui vit dans le nuage de mensonges qu'elle a crée pour lui . Et il y a dans tout ce qu'il nous raconte un double sens à trouver, le lecteur s'applique à débusquer la réalité des choses entre les mensonges de la mémé et les histoires que se raconte un gosse.
La vie de ces deux êtres semble indissociable. Grand-mère ne vit que pour Sacha, et cela la maintient en vie, et Sacha ne comprend les choses qu'au travers de ce que lui raconte mémé. Ils forment un couple étrange, comme une entité schizophrène. Mémé déverse en Sacha toutes ses peurs (s'il veut être enterré sous le carrelage c'est pour pouvoir continuer de voir ce qui se passe là haut) et son amour prend des aspects tyranniques et monstrueux.
On suit le martyr de cet enfant avec délectation, même la cruauté de mémé reste drôle parce qu'elle est outrageante ( personne dans la maison ne s'étonne plus d'être copieusement insulté du matin au soir). La grand-mère pousse l'art de l'insulte à l'extrême, et cela reste incroyablement drôle tout le temps ( quelle sit-com trash cela ferait!)
Et puis derrière la farce et la comédie que joue la Grand-mère, car c'est surtout un personnage de théâtre qui est à l'œuvre dans ces pages, se cache une belle histoire de réconciliation entre un fils et sa mère. Sacha apprend à comprendre ce que c'est que l'amour maternel.

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