jeudi 17 avril 2008

le nègre fondamental

Le non-temps impose au temps la tyrannie de sa spatialité : dans toute vie il y a un nord et un sud, et l'orient et l'occident. Au plus extrême, ou pour le moins au carrefour, c'est un fil des saisons survolées, l'inégale lutte de la vie et de la mort, de la ferveur et de la lucidité, fût-ce celle du désespoir et de la retombée, la force aussi toujours de regarder demain. Ainsi va toute vie. Ainsi va ce livre, entre soleil et ombre, entre montagne et mangrove, entre chien et loup, claudiquant et binaire.
Le temps aussi de régler leur compte a quelques fantasmes et à quelques fantômes.


J'habite une blessure sacrée....

dimanche 13 avril 2008

Des nouvelles de la prison

Antoine Volodine est mort...vive le post-exotisme.

Volodine aurait dit qu'il ne voulait plus rien publier sous son nom, mais utiliser seulement la galaxie des auteurs du post-exotiques (voir la bibliographie dans Le post-exotisme en dix leçons lecon onze, Gallimard , 1998).
A paraitre donc le 2 mai deux livres signés Lutz Bassmann chez Verdier dans la collection Chaoïd
un recueil d'entrevoûtes Avec les moines-soldats
et Haikus de prison
dont voici le début

L'organisation s'est constituée
on attend que les chefs surgissent
pour les haïr

L'odeur d'oignon
chevauche l'odeur d'urine
bientôt la soupe du soir

La nuit sans douceur
se glisse par la fenêtre
balafrée de stries verticales

A coté les cris se sont tus
enfin le violeur
s'est pendu

Sur le visage du boxeur fou
un nouveau tic est apparu
un assassinat se prépare

Torse nu je regarde la lune
on m'a volé
mon tricot de corps

On a transféré le bossu
il prétendait que sa paillasse
sentait le chameau

l'éphéméride ne maigrit pas
encore deux jours
avant la douche

Il y a là tout le l'univers de Volodine dans ces haikus qui sont me font penser aux nouvelles en trois lignes de Fénéon. Chargées d'onirisme et de cet humour désespéré si typique de Volodine.
La poésie retranchée dans les recoins de l'univers carcéral, mais poésie qui persiste en dépit de tout, pour dire l'indicible.
Pourtant, une histoire se dessine en filigrane, une révolte se prépare dans l'accablement et la désolation.


mercredi 2 avril 2008

Christian Bourgois

In memoriam

"J'ai eu le privilège de son amitié, et si je suis tellement ému en disant cela, c'est que je parle de quelqu'un que j'aimais comme un frère. Un ami, c'est un frère qu'on choisit.
Lui et moi on s'est choisi ès le premier jour. Pourquoi ? Selon la formule célèbre évoquant LaBoétie :" Parce que c'était lui, parce que c'était moi."
Pendant toutes ces années, on a eu non seulement une collaboration, mais une amitié très profonde. Quand il a été malade, je suis allé plusieurs fois à Paris pour être avec lui. Même là, il continuait à être un éditeur.
Christian, au fond, plus qu'un éditeur et plus qu'un ami, c'était un homme. Il est de plus en plus rare de trouver des hommes, il y en a très peu, et il a été un des très rares hommes que j'ai connu dans ma vie."
Antonio Lobo Antunes
in N.R.F. n°585 Avril 2008