vendredi 2 mai 2008

Forêt invisible

Un nouvelle collection dirigée par Robert Amutio aux éditions de L'arbre vengeur (petit éditeur bordelais dont l'animateur est un compère de Mollat) vient de voir le jour. Elle s'appelle la forêt invisible dont le but avoué est d'aller voir dans les marges, dans les imprévisibles rencontres de la forêt littéraire hispanique.

C'est Bolano qui parle de la littérature comme d'une forêt et Amutio ne peut pas l'ignorer puisqu'il en est le traducteur.
L'épisode est dans 2666 vers la fin quand Hans Reiter rencontre le vieillard à la machine à écrire.
"Vous me direz que la littérature ne consiste pas uniquement en œuvres maîtresses, mais qu'elle abonde en œuvres qu'on appelle mineures. Moi aussi je croyais cela. La littérature est une grande forêt et les œuvres maîtresses sont les lacs, les arbres immenses ou très étranges, les éloquentes fleurs précieuses ou les grottes cachées, mais une forêt est aussi constituée d'arbres normaux, de fourrés, de flaques, de plantes parasites, de champignons et de fleurs sylvestres. Je me trompais. Les œuvres mineures n'existent pas en réalité. Je veux dire : l'auteur d'une œuvre mineure ne s'appelle pas machin ou truc. Machin et truc existent, il n'y a pas de doutes sur ça, et offrent et travaillent et publient dans des journaux et des revues et de temps en temps ils publient un livre qui ne gâche pas le papier sur lequel il est imprimé, mais es livres si vous faites attention, ne sont pas écrits par eux. Toute œuvre mineure a un auteur secret, et tout auteur secret est par définition, un écrivain d'œuvres maîtresses."

Célébrons donc cette naissance et le premier texte de cette collection un recueil de nouvelles de l'equadorien José de la Cuadra (1903-1941) : Noir Equateur.

Robert Amutio tient de la Cuadra comme un précurseur en tout cas un inspirateur du réalisme magique ( et notamment du Rulfo de Pedro Paramo), pourtant ce qui m'a frappé dans ces textes c'est leur tendance naturaliste et la formidable tension que l'auteur à mis dans la description du monde rural du début du vingtième siècle. Tout en cherchant la phrase juste et en jouant sur la concision et le resserrement du propos (en effet, les nouvelles ne sont jamais trop longues et elles semblent toujours parfaitement équilibrées), elles agissent comme un coup de poing sur le lecteur.

Souhaitons que bien d'autres arbres viendront fournir cette forêt et pourquoi pas aussi des lacs et des arbres très étranges...

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